Le profit et le bon commerce

Pour entrer dans le Bon Commerce, il faut commencer par préciser certaines options fondamentales. Le Bon Commerce reste du commerce. Mais on l’effectue d’une autre manière, en suivant l’axe de l’augmentation du potentiel de vie.

Le profit n’est pas un mal en soi, il est nécessaire. La nature elle-même est capitaliste : c’est la capitalisation des acquis augmentant les bases de l’évolution qui a permis le développement de la vie sur Terre.
Mais la nature fait du capitalisme intelligent, c’est-à-dire un capitalisme qui profite à tous. Elle cherche à augmenter la Vie, puisque c’est la Vie qui est sa principale richesse. Et c’est aussi la nôtre.

L’être humain devrait agir de la même façon et son attitude, sa voie, ses actions et sa vie seraient superbes. La rentabilité  serait bien meilleure.
Au niveau global, c’est absolument certain. Au niveau individuel, à court terme, ça ne l’est pas, car le pillage permet de s’enrichir rapidement. Cela créé des déséquilibres, d’énormes problèmes, de la pauvreté, mais comme les désagréments ne sont pas réparés par les tricheurs, par les profiteurs-destructeurs et par les pilleurs, ils continuent d’entasser inutilement leur butin et de le gaspiller dans des dépenses somptueuses et inutiles.
Que des êtres humains meurent de faim, que notre civilisation fonce dans un mur, que la Terre se meurt ne pèsent pas lourd devant la satisfaction de leur suffisance. Ils ont perdu l’estime d’eux-mêmes et la recherche dans les yeux des autres. De ceux qui envient  leur possession financière. Sans même s’apercevoir de tout ce qu’ils ont détruit pour l’obtenir. La suffisance aveugle.

L’argent a un énorme pouvoir et le détenir permet d’en disposer. Mais s’il est mal maitrisé, ce pouvoir est la plus sure destruction de tout développement humain. Au niveau personnel et au niveau global. Les côtés affectifs et spirituels sont atrophiés. On ne dispose plus que du fric pour remplir sa vie et il ne pourra jamais remplir les manques. Alors, on l’étale, pour faire croire qu’on est heureux, pour être envié. Pour acheter l’estime des autres. Pour leur prouver ainsi qu’à soi-même qu’on a eu raison de faire ce choix…
Quitte à détruire une importante partie de soi. Et des autres.
Répercuté de manière globale, c’est la destruction de la dimension humaine.
Au niveau des entreprises, des nations, c’est la destruction de notre civilisation.
Au-delà, c’est la destruction de la Terre.

C’est ce que nous sommes en train de vivre.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, rien ne permet de mieux évoluer personnellement que l’exercice du Bon Commerce, le terme « commerce » étant pris dans son sens large. Il permet d’assurer des bases sur lesquelles on peut construire. Il constitue notre assise sociale.
Le Bon Commerce est un échange et cet échange doit être équitable. Une affaire est bonne lorsque les deux parties sont satisfaites l’une de l’autre, obtenant toutes les deux un avantage véritablement profitable. Ce n’est pas toujours facile à réaliser, mais c’est très rentable pour le vendeur : on fait d’autres affaires avec de telles personnes. Les autres, ceux qui font du mauvais commerce, on les quitte ou on limite les échanges avec eux au minimum, quand on ne peut pas faire autrement. Le mauvais commerce conduit à la recherche du monopole. On veut contraindre. Le bon commerce se sert de la concurrence pour progresser. On partage et on offre.
Effectuer du Bon Commerce, c’est évoluer dans le monde en complète harmonie, en tirant partie et en se servant de tout pour nous améliorer et améliorer le monde ainsi que toutes ses composantes. Il ne suffit pas d’obtenir l’accord de l’autre, de lui laisser l’entière responsabilité de sa décision. Encore faut-il que notre proposition soit correcte pour que l’échange soit satisfaisant pour lui. Il est courant d’effectuer des erreurs, même sans le vouloir vraiment.
A une époque, je vendais de la publicité pour un annuaire. Des ventes qu’on nous demandait d’accomplir en V1, c’est-à-dire en première visite, car le déchet sur les deuxièmes visites était énorme. En effectuant du bon commerce, ce taux de transformation est meilleur et, sans l’avoir véritablement cherché – affaire de circonstances – j’étais en deuxième visite chez une gentille personne qui exerçait la profession de coiffeuse à domicile. Elle avait besoin de conseil, faisait confiance, c’était vraiment une personne adorable. Elle exerçait depuis peu, ne savait pas très bien positionner son entreprise, ni choisir la taille convenable de sa publicité et  n’était pas très argentée.
Je venais de conclure un bon contrat et j’étais pris dans une euphorie de vendeur primaire que j’ai mal maîtrisée. Je l’ai entrainée dans cette euphorie et je lui ai vendu 1/8 de page qui coûtait plus de 7.000 F, soit plus de nos 1.000 € actuels, alors qu’un encart plus petit aurait mieux convenu à son entreprise. J’ai résolu le problème de l’argent en l’emportant dans mon enthousiasme :
« – Mais Madame, l’argent n’est pas un problème ! Vous pouvez payer en 3, en 4 fois, en 10 fois même si vous le voulez !!!
– C’est vrai ? Je peux payer en 10 fois ?
– Mais oui, bien sur ! »
Et je lui ai vendu un encart bien trop important pour elle, qui ne lui apporta rien de plus et lui coûta cher. Mon chef m’a félicité. Parvenir à vendre 1/8 de page à une coiffeuse à domicile, il fallait le faire !!! Pour lui, c’était une bonne performance de vendeur. Pour moi, une faute. J’en ai encore un souvenir très amer et je pense souvent à elle car cette erreur me sert aussi : j’essaie de ne pas la reproduire. J’étais pourtant averti par des années d’expérience et je me suis encore fait prendre comme un connard. Par une simple euphorie mal maitrisée qui a laissé jouer de mauvais réflexes.

Le mauvais commerce apparaît lorsqu’une des parties triche en profitant d’une situation de monopole, en profitant d’une position prépondérante, par un mauvais exercice d’un pouvoir hiérarchique, d’un pouvoir de situation, par des arguments fallacieux, etc…. De manière générale, le mauvais commerce apparaît lorsqu’une partie triche. Et tricher est devenu commun. Beaucoup croient qu’être dégueulasse, c’est être malin. Et par malheur, beaucoup finissent par croire que pour être malin, il faut être dégueulasse… C’est même enseigné dans certaines écoles de ventes… C’est la raison de la loi sur le délai de réflexion avant de concrétiser une vente. Avec le Bon Commerce, cette loi devient inutile.

Il ne faut pas croire que l’on vend moins en pratiquant le Bon Commerce. On vend différemment, on vend mieux et à la sortie, on vend plus. Une bonne vente rend euphorique, on se sent bien et on va vers la suivante avec appétit. Et à condition de ne pas se laisser déborder par cette euphorie, comme cela m’est arrivé, c’est bien.  De plus, on se créée une clientèle fidèle, satisfaite et prête à retravailler avec vous. Et, plus étonnant,  on est aidé par tout un tas de forces abstraites.
Beaucoup de vendeurs passent beaucoup de temps au bistrot entre deux ventes. Ils ne sont pas euphoriques, ils sont épuisés par la lutte qu’ils ont due mener, en grande partie contre eux-mêmes et ne sont pas fiers d’eux. Où alors, d’une fierté malsaine.
Dans la même entreprise de publicité, j’ai vu certains de mes collègues se cacher quand un de leurs clients arrivait dans la rue. Personnellement, je ne me suis jamais caché de personne et j’ai vu certains clients traverser la rue pour venir me serrer la main. Sur le plan financier, en fin de mois, je raflais souvent les primes. Les collègues venaient me voir, croyant en quelque combine inédite et rentable. Je ne faisais que bien faire mon métier.
Dans une autre entreprise de construction de carrosseries frigorifiques, je suis partie de chez un client avec un bon de commande signé en blanc. Pas un petit client, un industriel. Pas une petite commande : une carrosserie complète, soit plus de 30.000€ !
J’ai plein d’anecdotes de ce type dans mon cœur et dans ma tête et elles en enrichissent ma vie. A 70 ans, j’ai encore envie de pratiquer. J’aime le commerce et il m’apporte beaucoup. Pourtant, je ne fais rien d’extraordinaire. Respect du client, écoute, conseil, service… Prix, qualité, service… Rien que du basique, à la portée de tout le monde…

La difficulté, c’est que pour bien le faire, il faut maîtriser sa suffisance. Toute la difficulté vient de là. D’autant qu’il ne faut pas confondre l’idée de la « suffisance » avec l’idée de « l’orgueil » inculquée par l’église catholique.
L’orgueil est au centre de tout ce que nous faisons de bien et de tout ce que nous faisons de mauvais. L’église catho ne fait pas la différence et voudrait nous obliger à nous amputer d’une partie de nous-même, « bon orgueil » compris. Le Christ lui-même ne le faisait pas. Il condamnait le pêché d’orgueil, pas l’orgueil.
La difficulté, c’est de trier, de séparer le bon et le mauvais. Ce n’est pas toujours facile. l’utilisation du comportement suivant l’axe de l’augmentation du potentiel de vie permet de le maîtriser progressivement. Mais la lutte contre la suffisance est un énorme combat.

Nous en reparlerons souvent, car c’est au centre de l’évolution humaine et au centre du Bon Commerce. Celui-ci permet un profit sain, transparent, qui permet de regarder vers le haut, d’être fier de soi et de ses résultats. Ils ne se comptent pas seulement en billets de banques.

Bien amicalement.

(Merci d’inscrire ci-dessous commentaires, critiques et suggestions. Vos avis me sont vraiment très précieux. Merci de le faire en français)

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5 Responses to Le profit et le bon commerce

  1. Argent Forum says:

    Un veritable plaisir de lire cette article, je vous remercie chaudement !!!

  2. Alain Chollet says:

    Bonjour monsieur Vazeille,

    Cela fait un peu pompeux, mais je n’ai pas votre prénom !

    Le nombre de visites dépend également du type de produit et de la clientèle approchée. Pour la maison individuelle, il serait en effet plus logique de travailler en deux ou trois visites : il s’agit d’un achat important, avec un engagement durable au niveau financier et au niveau condition de vie.
    Les « vendeurs » essaient de jouer sur des ressorts subjectifs pour obtenir une signature en V1 ou en R1 : le rêve, l’urgence, l’intérêt financier, la confiance….
    En tant que « commercial » et non vendeur, il me semble qu’il faut carrément commencer par poser les conditions de travail en prévenant le client des deux aspects de cette vente et de la manière dont vous comptez que votre affaire soit conclue : avec une étude sérieuse pour leur donner entière satisfaction avec un produit qui correspondra entièrement à leur attente.
    Vous ne leur réclamez jamais leur confiance comme font les mauvais vendeurs, mais vous allez l’obtenir et c’est bien meilleur.

    Il ne faut quand même pas oublier qu’il faut également être un commercial : il y a un moment où le client est prêt à signer et un bon commercial sait le sentir. Il ne faut pas le laisser passer, car sinon on risque de ne pas conclure.

    Bien amicalement à vous.

  3. Vazeille says:

    Bravo pour cet article plein de vérité.
    Je serai heureux de recevoir vos prochains articles.
    cordialement.

  4. Vazeille says:

    Bravo pour cet article qui résume la conduite que nous devriosn tenir en permanence.
    Il est exacte que la hiérarchie incite souvent le commercial à signer en R1, alors qu’il est souvent plus logique d’effectuer 2 ou 3 visites, surtout pour des projets importants comme une maison individuelle. Votre article me rassure.
    je serai très heureux de recevoir vos prochains articles.
    merci et à bientôt.

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